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Posté par le Déc 22, 2017 dans Actions/Projets |

Prix du Roman métis des lycéens 2017

Prix du Roman métis des lycéens 2017

Pour cette septième édition, les lycéens ont eu à choisir leur lauréat parmi quatre romans sélectionnés :

La bâtarde du Rhin, de Monique Séverin.

Tropique de la violence, de Natacha Appanah

La solitude des enfants sages, de Martine Duquesne

Petit pays, de Gaël Faye

Après une délibération très disputée, le jury réuni le jeudi 14 décembre à l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis a décerné le prix à Natacha Appanah pour son roman Tropique de la violence. Le lycée Evariste de Parny était représenté par Amélie Breugnot de 1ère S1 et Yuveni Gooroosamy de 1ère L1.

Voici le compte-rendu enthousiaste d’Amélie :

Ce jeudi 14 décembre, accompagnée de mon professeur de français, Monsieur Brelaz, de la documentaliste, Mme Tioucagna, et d’une élève de première L1, je fus à l’Ancien Hôtel de ville de Saint-Denis afin de défendre bec et ongles le livre que nous préférions : La Bâtarde du Rhin, de Monique Séverin.

 

Le choix du lycée

Beaucoup de critiques avaient été émises par ma classe concernant cet ouvrage, notamment sa complexité d’écriture. Personnellement, je concédais cet argument, mais trouvais que cela ne gênait en rien la beauté de ce style d’écriture, ce qui rendait l’œuvre unique à mes yeux. De plus, de magnifiques descriptions de la Réunion étaient offertes, ainsi qu’un point historique intéressant : une description bien détaillée du Lebensborn, la fontaine de vie allemande qui devait contribuer à la supériorité numérique de la race aryenne.

 

La découverte de l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis

Nous arrivâmes en face du somptueux bâtiment. Un homme nous invita à monter un escalier recouvert d’une moquette rouge bordeaux et à rejoindre une salle, où d’autres élèves se tenaient également. Ce devait être un bureau de préfecture ou de réunion car la pièce était spacieuse et bien aménagée : une large table en bois lustrée entourée de chaises, de nombreux fauteuils et chaises disposés tout autour de la pièce.

Mon cœur battait à tout rompre, et j’étais quelque peu intimidée par la présence de tant de gens contre qui je devrais défendre mon opinion.

Une fois tout le monde installé autour de la table, l’homme qui nous avait guidés se présenta : c’était Monsieur Philippe Vallée, président de La Réunion des livres. Il fit un petit discours afin de présenter les modalités du concours, de nous annoncer le lauréat du Grand prix Métis dont nous devrions absolument dévorer l’œuvre L’amas ardent et celle du prix roman métis des lecteurs adultes qui est Natacha Appanah pour son roman Tropique de la violence. Il nous remercia également de notre présence. Après un rapide tour de table afin de savoir quels établissements étaient présents et pour constater le nombre de retardataires, les enseignants furent invités à se retirer.

 

La délibération du jury

Le débat se déroula donc dans le huis-clos le plus confidentiel et inconnu des adultes. D’abord timides, nous ne savions pas vraiment par où commencer. Une jeune fille, qui représentait le lycée Levavasseur, nous invita à nous présenter en donnant le nom de notre établissement, le livre que nous avions sélectionné et quelques arguments. Durant cette présentation, les deux derniers représentants arrivèrent, s’excusant de leur retard.

J’avouerai que je m’y attendais quelque peu, mais je fus tout de même un peu surprise de constater durant le tour de table qu’aucun lycée n’avait choisi (même parmi ceux qui avaient des doutes) le livre que nous défendions. Et à partir de là, je sus notre cause irrécupérable et notre livre indéfendable. Bien sûr, nous pouvions toujours essayer de nous défendre, et peut-être d’influencer une ou deux personnes, mais seize, cela relevait de la prestidigitation.

Bien que je pus placer quelques arguments en faveur de mon livre (qui furent approuvés par l’assemblée), il fut bien vite oublié, mais tout de même moins vite que La solitude des enfants sages dont on n’en toucha un mot que pour dire que personne ne l’avait retenu.

Au bout, ce me semble, d’une bonne demi-heure voire une heure, le débat se centralisa sur les romans Petit Pays de Gaël Faye et Tropique de la violence.

Bien qu’ils se ressemblaient fort par le traitement d’un même sujet -la violence-, ils différaient sur bon nombre de points, qui furent la base de nos arguments et discussions :

– L’évolution du personnage principal : alors que Gabriel (dans Petit pays) avait la force de dire non et de résister au plongeon au milieu de la guerre -sauf quand on le menaçait de tuer sa famille-, il fut reproché à Moïse (dans Tropique de la violence) de se « laisser entraîner par influence » dans le côté sombre de sa ville. Le premier faisait donc un peu figure de héros car un espoir de vie heureuse subsistait encore, tandis que le second n’était qu’un mouton qui s’était laissé entraîner vers le bas, et dont la fin n’était que le résultat de ce qu’il méritait en se laissant entraîner dans la violence.

– La nature de la violence : génocide rwandais d’un côté, violence de rue de l’autre. Certes, le premier avait une valeur historique non négligeable, et était intéressant car aucun d’entre nous n’avait entendu parler de cet affreux événement avant la lecture de ce livre. Certes, la mort de quasiment tout un peuple, c’est tragique. Mais la violence de rue, elle est d’autant plus forte qu’elle est ancrée dans la réalité et, dans -certains- quotidiens, elle nous touche « plus directement » qu’un génocide. Un court débat fut aussi mené sur quel événement était plus tragique que l’autre, mais il fut rapidement abandonné, le nombre de morts n’entrant en rien dans ce jugement.

– La famille : une chose que certains ont cru trouver comme cause du comportement des personnages, c’était la famille. Gabi a une sœur, des parents dont le mariage bat de l’aile -une mère qui veut rentrer dans sa mère patrie-la terre d’à côté- et un père qui tient à protéger ses enfants en recouvrant les sujets de la guerre et de la politique du voile opaque du mensonge. Moïse est un enfant non-désiré car dit « maudit » par une légende populaire à cause de son œil vert. Il est recueilli peu de temps après sa naissance par une sage-femme métropolitaine, qui tentera de l’élever comme son fils en refusant cependant de lui montrer la plage où il a débarqué à Mayotte avec sa mère biologique. Et lorsque sa mère d’adoption est tuée, son petit monde se fissure et tout bascule.

Beaucoup ont soutenu que si cela leur arrivait, ils auraient sûrement agi comme Gabriel. Je fis cependant une remarque : « certes, vous dites cela, mais avec les conditions qui sont les nôtres. Si vous étiez dans la même situation qu’eux, votre réponse différerait ».

 

L’annonce du lauréat

Le vote fut serré, et ce furent les voix des lycéens de Madagascar qui firent pencher la balance en faveur du roman de Natacha Appanah.

Lorsque les adultes connurent le résultat final, des questions nous furent posées lors de la conférence de presse. Parmi elles, une qui concernait la réaction offusquée de certains parents, critiquant « la violence » de ce roman. Notre réponse ne se fit pas attendre : certes, nous comprenions le désir des parents de nous préserver encore un peu du monde extérieur, mais nous étions assez matures pour y faire face. Et surtout, on devrait bien y faire face un jour ou l’autre. Et puis, ajoutais-je : « c’est paradoxalement le fait que ça nous soit interdit qui nous donne envie de savoir ».

Après le cocktail de clôture où nous avons pu encore échanger avec nos camarades jurés, nous sommes rentrés au lycée.

Un grand merci à Mr Brelaz, à Mme Tioucagna et à ceux qui nous ont accueillis.

Amélie Breugnot, 1ère S1